Le sommeil des mamans, témoignage dramaticomique

Six mois, six mois qu’il est né mon loulou, vous y croyez, vous ? Ça va, ça va, je sais bien que oui, je sais bien que je suis la seule ou presque, à n’avoir pas vu le temps passer.

Le jour de ses six mois, je me suis imaginée poster une photo cucul sur instagram, avec un texte encore bien plus cucul, du style : encore au mois 1 réveil la nuit, 2 dents, 3 [j’aurais bien trouvé quelque chose], 4 [idem], 5 [je pense que vous commencez à comprendre le délire], 6 mois que je t’aime.
Mais bon, comme en fait, instagram et moi, c’est un peu « je ne t’aime pas, moi non plus ! », je me suis bien abstenue. Tout le monde s’en tamponne de savoir combien de fois il se réveille la nuit, au moins autant que de ses petits quenottes, et puis je ne l’aime pas depuis 6 mois, mais depuis bien, bien, bien avant ça ! Alors voilà. Il a eu six mois, c’est passé quasiment inaperçu, et la vie continue.

Et moi, depuis six mois ? Et bien…
Depuis six mois, je n’ai pas fait plus de cinq nuits complètes. Et franchement… ça va. Mais vraiment, pour de vrai, ça va. Il y a bien eu des matins où je ne sentais plus mes jambes au réveil,  j’ai bien mis des demies-journées à me réchauffer. J’ai somnolé dans des positions qui m’ont ratatiné le dos et j’ai fait des séances d’ostéo. Je me suis auto-surnommée Malococcyx pendant un temps. Mais ça va toujours mieux qu’avec le premier.
On a eu le petit avec nous dans la chambre. Il a dormi contre moi dès sa naissance : il commençait les nuits couché dans son berceau, puis au premier réveil, je le prenais contre moi, je le nourrissais, et je m’endormais avant lui. Puis nous avons flippé : un petit bébé, couché sur le ventre contre sa mère, et bien trop couvert (n’ayons pas peur de dire ce qui est), l’équation ne nous plaisait pas trop. Alors on a installé Netflix sur mon téléphone, pour me garder éveillée le temps qu’il se rendorme, pour ne plus m’endormir avant de l’avoir re-déposer dans son berceau.
Puis il a grandi, il est allé dans sa chambre. Il a continué à se réveiller, systématiquement je le ramenais avec nous, dans le grand lit. Il était moins petit, je profitais plus qu’on ne flippait.
Puis la canicule est venue. Ben mon chéri ne dormait bien qu’au rez-de-chaussée, alors nous avons investi le grand lit rien que nous deux, maman-bébé, je ne flippais plus du tout, c’était top.
Ça n’a pas tant duré, chacun dans sa chambre, ça me plait bien aussi. Depuis peu, il ne se rendort pas si je l’amène dans le grand lit avec nous. Il n’a plus ses repères, son tour de lit doit certainement lui manquer. Alors s’il se réveille, je quitte presque à regret la chaleur de la couette, j’enfile un pull, je me ratatine de nouveau le dos à somnoler assise le temps qu’il se rendorme, puis je rejoins mon lit, quasi une heure plus tard.

Il m’arrive que des collègues (généralement sans enfant) me demandent comment je fais. Je ne me pose pas la question, à vrai dire. J’ai bien conscience, pourtant, qu’en dehors de ma situation (qui est celle de bien d’autres jeunes maman), passer six mois sans dormir plus de cinq nuits complètes, ça semblerait peut-être dingue, mais surtout épuisant. Je ne pense pas être épuisée, mais par contre je me demande quel prix paie mon corps. Parfois je plaisante et je dis « certes, en apparence, tout va bien, mais qui sait, peut-être que mon corps vieillit prématurément, que mon renouvellement cellulaire est extrêmement ralenti, qu’intellectuellement j’ai perdu 20 points de QI ?! ».

Dans les faits :

  • ma digestion est aussi aléatoire que mon équilibre alimentaire (tout se paie, les amis !),
  • mes cheveux tombent tellement que j’ai arrêté d’envisager de les couper courts, car ils ne sont plus assez denses pour ne pas que l’on voit mon crâne si j’opte pour une coupe garçonne,
  • je suis chroniquement assoiffée du fait de l’allaitement de mon enfant, ma peau l’est encore plus que moi. Même quand je me force à boire, même quand mon degré d’hydratation est satisfaisant et que mes urines ont une couleur normale, ma peau est assoiffée. Combien de temps faudra t’il à mes cellules épidermiques pour se repulper ?
  • Mon cerveau a définitivement décidé de ne fonctionner que 20 secondes sur 30 (et ceci toutes les trente secondes). Ce qui fait que je ne peux pas débuter une phrase que j’espérerais un minimum construite et structurée avec l’espoir de ne pas avoir à chercher mes mots au milieu de celle-ci. L’utilisation à bon escient des expressions métaphoriques est devenue un exercice de haute voltige. Je fais mon mic-mac, ma tambouille, on comprend ce que je veux dire (finalement c’est encore l’essentiel), mais en terme de précision, ça se pose un peu là. Pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai utilisé « souffler dans les brancards », tant pis pour les bronches et le verbe ruer. J’utilise comme excuse favorite le fait que le français n’est pas ma langue maternelle. A force d’approximation, certains vont finir par y croire.

Et chez vous, ça donne quoi le sommeil ?

Crédit photos :
Anthony Tran et Kinga Cichewicz on Unsplash


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