Le dernier mois de grossesse

C’est un compte à rebours qui se fait en jours plutôt qu’en semaines, enfin !
Il semblerait que, de l’avis général, « Une grossesse, c’est fou, ça passe si vite ! ». Pour ma part, j’ai vraiment vécu les huit mois derniers (+/- 250 jours) comme une suite de +/- 250 fois une journée. Ça m’a semblé interminable. Maintenant, le décompte se fait en jours, tant mieux !
Je sais aussi que bientôt, au-delà d’une certaine date, je donnerai l’âge de mon bébé en semaines puis en mois, plutôt qu’en jours. Voir les choses comme ça, par contre, ça me fiche un peu le cafard.

C’est la certitude que dans moins d’un mois, nous serons quatre. J’aurai les bras pleins, le cœur submergé par toutes les émotions du monde, les yeux qui piquent un peu pour tout un tas de bonnes raisons, le ventre creux et pourtant toujours des coups au creux du ventre. Des coups fantômes. Pour le petit-petiot, il m’avait fallu quatre mois pour assimiler définitivement dans ma chair que je n’étais plus enceinte (comment ça je comprends vite mais faut m’expliquer longtemps ?).

C’est des cadeaux pour le bébé que l’on reçoit en avance, c’est le grand frère qui commence à réaliser sérieusement qu’il se trame quelque chose d’imminent. Et qui ne sait sans doute pas trop quoi en penser.

C’est la voiture que l’on vend, le garage que l’on transforme en bureau, le bureau que l’on transforme en chambre, c’est le matelas que l’on fait faire sur mesure pour le petit berceau ancien, c’est deux valises qui restent vides dans un placard, et un carton de vêtements que l’on n’a toujours pas ressorti, on n’est pas pressé, oh !

C’est la dernière prise de sang pour vérifier que non, je ne l’ai pas chopée, cette saloperie de toxoplasmose.

C’est l’impression, chaque matin au réveil, qu’un semi-remorque m’a roulé dessus pendant la nuit.

C’est le corps qui active l’option « jeune maman », et c’est le sommeil qui en pâtit : au choix, soit le moindre bruit m’alerte, soit la maison pourrait s’écrouler que ça ne me réveillerait pas (j’appelle ça le mode survie).

C’est de l’énergie à en revendre, une maison que l’on dépoussière, une baignoire que l’on nettoie sans tenir compte des « quelques » centimètres supplémentaires que l’on arbore autour de la taille, des lessives que l’on programme, de la cuisine et de la vaisselle que l’on fait, c’est avoir la pêche alors pourquoi se reposer par avance ? Ce sera déjà bien assez dur quand on sera obligé de se ménager plus tard..!
Ah, puis finalement, c’est de la fatigue qui terrasse, c’est s’endormir en bordant le grand frère à 20 heures à peine, c’est des coups de blues passagers mais intenses, c’est mon corps qui se rappelle à mon bon souvenir « eh oh, je suis toujours en train de fabriquer un humain, c’est quoi cette tornade que tu m’imposes ? »

C’est ne plus se reconnaître dans un miroir malgré une prise de poids plume, c’est se sentir pour de bon « pas-tout-à-fait-tout-seul-dans-son-corps ».

C’est être enfin sereine vis-à-vis de la grossesse, il était temps ! C’est, par chance, ne pas connaître les angoisses de la fin, puisqu’elles se sont présentées dès le début. C’est se les être traînées pendant des mois mais avoir finalement réussi à les balayer.

C’est un dernier rendez-vous à la maternité, un dernier cours de préparation avec la sage-femme, un dernier repas avec les copines du boulot. C’est une suite de dernières choses. C’est dire au revoir aux personnes que l’on voit peu souvent en sachant qu’il y aura quelqu’un d’autre dans notre vie la prochaine fois qu’on les verra.

C’est passer beaucoup de temps avec le petit-petiot, qui va devenir « le grand » d’ici peu. C’est être inondée d’émotions en le regardant (qu’est ce qu’on est beau à deux ans !), c’est s’attendrir devant sa sensibilité à mon égard, lorsqu’il m’aide (si ! si !) à me relever et disant « Debout, maman ! », c’est le porter quand il me le demande, même s’il est lourd, même si je porte déjà un enfant, même si ce n’est pas facile, parce que je ne peux pas refuser de le porter voyez-vous, c’est avoir peur qu’il me manque, à la maternité, mais aussi après.
C’est avoir l’impression d’aller vers la fin de quelque chose de fusionnel avec lui, puis se rappeler ce que disent toutes les mamans « On ne divise pas, on multiplie ; on ne perd rien, on gagne immensément en retour. ». OK, j’ai appris à écouter les mamans, elles ont toujours raison lorsqu’elles parlent de l’amour maternel, tout ira très bien.

C’est nourrir plein d’espoirs pour la naissance de l’enfant, mais aussi s’entraîner par avance à accepter tous les événements tels qu’ils arriveront. C’est se répéter que dans tous les cas on est mieux préparé que pour le premier.

C’est lister au papa toute la nourriture que je veux qu’il m’apporte à la maternité, « parce que j’aurai besoin de force et de réconfort, tu comprends ? Je veux des pancakes de chez Pasquier, le fromage de Saint Denis au lait cru, un tiramisu fait par mon père – surtout pas la recette du robot, elle n’est pas bonne, … »

C’est espérer que l’on m’épargne d’ici deux semaines les irritants « Bon alors, c’est pour quand ? Il ne veut pas venir ce bébé ? ». Moi aussi, je suis pressée, et je redoute le dépassement de terme qui n’amuserait que très peu les médecins, et je n’ai pas besoin que l’on me rappelle chaque jour qu’il me reste de moins en moins temps.

C’est se dire le matin « C’est peut-être aujourd’hui le dernier jour ». Le dernier jour de grossesse de ma vie, qui sait ? Parfois même, c’est prier intérieurement ou à voix basse « S’il te plait mon bébé, viens, je suis prête ! ».

Puis finalement, c’est se coucher le soir en se disant « Bon, il y a eu un jour de plus, et c’était bien. »

Crédit photos :
Camila Damásio
on Unsplash


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9 commentaires à propos de “Le dernier mois de grossesse

  1. Woah, il est magnifique, cet article ! Quelle plume ! Bravo pour ces jolis mots qui résument si bien la toute fin de grossesse. Je te souhaite une de vivre une magnifique naissance, et promis, être quatre c’est précisément comme ces autres mamans te l’ont dit…

  2. Ah mais attends, c’est toi, Ninon ? LA Ninon qui commente sur mon blog et celle-là même avec qui j’ai papoté un moment en privé la semaine dernière ?!

    Pas étonnant que je tombe sur ton blog via Hellocoton, finalement. C’est une magnifique découverte, et je suis ravie que ce soit « toi » !

    1. Melissa, toi ici ?! Are you kidding me ? 🙂
      Mon petit cœur fait une danse de la joie !! Heu, je suis une Ninon parmi tant d’autres, mais oui, bien celle à laquelle tu penses !
      Oh, comme ton commentaire me fait plaisir, c’est très gentil <3 M'entendre dire que j'ai une belle plume, de ta part, c’est vraiment un compliment qui me touche beaucoup ! Merci !

  3. bonjour

    je suis comme toi a mon dernier mois de grossesse pas eu l impression de voir passer la grossesse c est mon premier enfant j en profite la pour continuer a me caresser le ventre pour le faire bouger et lui faire ecouter la musique mon compagnon me dit qu avec tous ce que je lui fait ecouter va etre chanteur…

    1. Bonjour Aline !
      Moi non plus, pour mon premier enfant, je n’ai pas eu le temps de réaliser que bam! le terme était déjà atteint ! Ça a été bien différent pour cette grossesse-ci. Comme quoi, il est vrai que chaque grossesse est différente 😉
      Moi aussi, toute pressée que je sois, je profite des derniers instants pour caresser mon ventre et partager des moments « vraiment rien qu’à deux » avec mon bébé : une fois qu’il aura vu le jour, on ne sera plus autant en symbiose.
      Tu attends donc un(e) futur(e) musicien(ne) ! Je te souhaite une très belle fin de grossesse et une belle rencontre avec ton bébé <3

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